Pour une co-responsabilité des acteurs économiques

Mis à jour : mars 18



Delphine Lalu achève un mandat de cinq ans au sein du Conseil économique, social et environnemental (Cése) où elle présidait la Section des Activités économiques. Elle a toujours articulé sa pratique professionnelle comme directrice de la RSE du Groupe AG2R LA MONDIALE et Secrétaire générale de la fondation d’entreprise avec ses engagements pour une économie sociale, alternative et solidaire. Elle est notamment engagée auprès du Labo de l’ESS, de la Fonda et de France active. Aujourd’hui, elle rejoint la démarche de la Convention 21 pour « aider à la transformation des modèles productifs au bénéfice de la lutte contre le réchauffement climatique et de la préservation de la biodiversité».

A votre avis, de quels leviers les entreprises disposent-elles pour lutter contre le réchauffement climatique et le recul de la biodiversité ?

Le premier levier c’est la coopération entre acteurs économiques au sein des filières et dans les territoires, la co-responsabilité, cette responsabilité acceptée et collective de l’ensemble des acteurs d’une chaine de valeur. Une entreprise seule, isolée, ne peut atteindre un objectif de neutralité carbone, elle ne peut pas toute seule lutter contre la perte de biodiversité. Ces deux objectifs sont par nature planétaires et reposent sur une vision écosystémique de l’activité économique.

Le deuxième levier c’est la recherche et l’innovation dans tous les domaines : les acteurs économiques ont besoin de comprendre et d’anticiper les évolutions pour avoir un coup d’avance, les entreprises quelle que soit leur taille ont besoin de solutions techniques et de méthodes nouvelles pour adapter leur projet opérationnel aux ruptures de marché. Enfin, les entreprises ont besoin d’investisseurs patients, d’actionnaires et de donneurs d’ordre capables de prendre des risques avec elles. L’endettement (même si les taux sont bas) n’est pas une solution durable.

Selon vous, quels sont les principaux freins à la transition des entreprises vers une économie durable ? Le Cese vient de produire un bel avis sur les filières stratégiques porté par Marie-Claire Cailletaud (CGT) et Frédéric Grivot (CPME) : le principal frein c’est l’absence d’imagination et de coordination entre les ministères, entre l’Etat et les collectivités, entre les organisations représentatives de la société civile organisée. Chacun agit selon son propre agenda et donc de manière dispersée, quand les entreprises ont besoin d’idées, de cohérence et de stabilité. Elles ont aussi besoin que les règles du jeu soient les mêmes pour tous. Au Cése, nous avons appelé à la création d’un grand commissariat au plan, concepteur et animateur, producteur de scenarii économiques à moyen et long terme. Un commissariat au plan qui impliquerait toutes les parties prenantes concernées dans l’élaboration de cette nouvelle « planification » et animerait une réflexion prospective opérationnelle à trois échelles : nationale, régionale, transfrontalière (en lien avec nos voisins).

Pourquoi soutenez-vous l'initiative ?

Je soutiens cette initiative car il faut accélérer la mobilisation des acteurs économiques et se souvenir que l’économie repose sur des entreprises composées d’entrepreneurs et de salariés, qui sont aussi des citoyens et des citoyennes inquiets pour l’avenir de leur entreprise, pour l’avenir de leur propre famille et de leur territoire. Les entreprises ont besoin de se retrouver pour partager des idées, pour construire ensemble des solutions et pour repérer les leviers de transformation. La Convention21 pourrait permettre de recenser un ensemble de solutions et de leviers à créer ou à diffuser ; elle peut aider à mobiliser l’ensemble du monde économique, entrepreneurs comme salariés, donneurs d’ordre et fournisseurs, entreprises et investisseurs, producteurs et consommateurs. Elle peut unir des personnes morales et physiques dans un même objectif avec une vision d’intérêt général qui ne serait pas la simple somme d’intérêts particuliers bien compris.

Pour vous, la Convention21 sera une réussite si…

...elle produit des propositions accessibles, simples et justes, pertinentes d’un point de vue écologique et utiles aux populations,

...elle repose sur des entreprises de tout statut, de toute taille, de tout secteur et de tous les territoires (métropole et ultramarins),

...elle est soutenue dans son organisation par toutes les branches professionnelles (fédérations et organisations syndicales),

...elle associe bien des chercheurs et des experts, des ONG et des citoyens/consommateurs aux travaux des entreprises participantes,

...elle produit un récit et des propositions à l’attention des pouvoirs publics dans le respect du rôle de chacun.

Et question annexe : pour vous, la Convention21 en trois mots clefs ?

opérationnelle, créative, sérieuse