Agir vite et mondialement par l'entrepreneuriat

Mis à jour : mai 6




Coline Debayle, alors étudiante, crée une première entreprise dans la démocratisation culturelle (Artips). Après l'avoir dirigée avec succès pendant 8 ans, elle prend conscience de l'urgence écologique et décide de lancer quelque chose d'inédit, à la hauteur des enjeux colossaux pour prendre part à la transition. En 2020, elle confonde avec 5 autres personnes Time for the Planet dont elle gère aujourd'hui les relations avec les investisseurs, les entreprises et la presse.


1. Comment est né Time for the Planet ? Qu'est-ce qui a inspiré l’initiative?

Time for the Planet, c'est l'histoire de 6 trentenaires, tous entrepreneurs dans des domaines très différents du développement durable. Tout allait très bien dans nos vies, et nos boîtes marchaient bien mais... on a tous pris une grosse claque en comprenant le niveau d'urgence du dérèglement climatique. On arrivait plus à continuer comme avant l'air de rien. Quand on sait, on sait. Alors on a essayé de changer nos comportements individuels (on ne prend plus l'avion et on ne mange presque plus de viande) mais difficile de convaincre 7,7 milliards d'être humains de faire pareil en quelques années. On a aussi essayé de voter différemment mais on ne vote que tous les 5 ans et franchement, attendre que 197 pays se mettent d'accord, ça peut être très très long. On voulait agir en temps que citoyens, très rapidement et à très grande échelle. D'où la naissance de Time for the Planet, le premier outil citoyen de financement d'innovations contre le dérèglement climatique.


Time for the Planet est une entreprise à but non-lucratif qui lève progressivement 1 milliard d'euros pour créer et financer 100 entreprises qui luttent contre les gaz à effet de serre. Aujourd'hui, près de 20 000 citoyens et 2 000 entreprises sont devenus associés, c'est-à-dire copropriétaires du projet à nos côtés (s'associer est possible à partir de 1 euro en ligne sur notre site). Un Comité scientifique regroupant les meilleurs laboratoires nous aident à identifier les solutions à très fort impact, nous les finançons et nous les mettons ensuite en open source afin que n'importe qui puisse venir répliquer l'entreprise afin de créer non pas 100 entreprises mais plutôt 100 marchés mondiaux. Car on n'a plus le temps !


2. À votre avis, quelle part va jouer la technologie dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Il est insensé de croire que la technologie nous sauvera, mais il est également insensé de penser qu'on pourra complètement faire sans. Après avoir discuté avec de nombreux grands scientifiques, on retient qu'il faudra 3 choses pour s'en sortir : des régulations très importantes (mais ce n'est pas entre nos mains), énormément de sobriété (ce n'est que partiellement entre nos mains) et des innovations (d'où le projet de Time for the Planet). Mais attention, innovation ne veut pas nécessairement dire "technologie". Chez Time for the Planet, innovation comprend autant le high-tech, le low tech que les changements de business model. Time for the Planet n'a pas la prétention de croire qu'elle va réussir seule : elle se veut juste être une partie de la solution.


3. Que penses-tu de la C21 et en quoi est-elle, selon toi, complémentaire de Time For the Planet ?

C21, tout comme Time for the Planet, a pour le but de lutter contre le sentiment terrible d'impuissance des citoyens. Pour faire face à la lenteur des pouvoirs publics, de nombreuses initiatives citoyennes émergent et on ne peut que l'encourager. On dit souvent que la liberté, ça ne veut pas dire faire tout ce que l'on veut, mais plutôt choisir les règles que l'on veut s'imposer à soi-même et je pense que la C21 s'inscrit exactement dans ce projet. Écouter, comprendre puis co-construire les régulations et solutions de demain de manière consentie et éclairée pour un avenir commun viable et où il fait encore bon vivre.


4. Quand tu penses à l'avenir, tu te sens plutôt inquiète ou confiante ?

Haha, ça dépend des jours. Quand j'écoute les scientifiques, je suis terriblement inquiète. Quand je vois l'énergie de dingue des 3 000 bénévoles dans notre Galaxie de l'Action qui font grandir notre mouvement, je redeviens optimiste !

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